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Bonjour à toutes et à tous,
Merci d’être là aujourd’hui pour célébrer la vie d’Isabelle Martin — Isa pour nous. Rien que de prononcer son prénom, on voit des sourires se dessiner, parce que sa présence avait ce pouvoir-là: rallumer la lumière chez les autres.
Je me tiens ici comme son amie de longue date, la marraine de ma fille grâce à elle, et, je peux le dire sans hésiter, comme quelqu’un qui a trouvé en Isa une deuxième mère. Elle a traversé ma vie comme une boussole joyeuse: elle montrait une direction, et en plus, elle mettait la musique, les rires et le sens du détail sur le chemin.
Isa est née le 22 janvier 1965, et elle nous a quittés à 59 ans. Elle a grandi à Lyon, d’où elle gardait ce sens pratique et ce petit accent posé dans ses intonations quand elle s’animait. Les études de commerce lui ont donné des outils solides, mais c’est sa créativité qui l’a propulsée dans l’événementiel, où elle savait transformer une idée en moment inoubliable. Et puis, fidèle à son cœur, elle a fait ce virage qui la résume si bien: consacrer son énergie à l’associatif, à l’insertion professionnelle, à ouvrir des portes pour des jeunes qui n’avaient pas toujours la clé. Isa n’a pas changé de vocation: elle a toujours organisé des rencontres. Simplement, elle a décidé que ces rencontres devaient aussi changer des vies.
À ses côtés, il y a Hélène, sa partenaire de vie, son port d’attache, son miroir franc et tendre. Hélène, je veux te dire que nous voyons, tous, l’amour que vous avez bâti ensemble: un amour libre, digne, lumineux. Et il y a aussi cette place qu’Isa tenait dans sa famille, la tante adorée de trois neveux, qui repartait rarement d’un repas sans avoir distribué des conseils, des blagues et un projet de sortie pour « la prochaine fois ».
Quand je pense à Isa, je l’entends rire. Je la vois à un concert de jazz, les yeux fermés sur un solo de saxophone, le pied qui marque le tempo. Je la vois derrière un objectif, patiente, à attendre la bonne lumière, pas pour la « belle photo » mais pour le moment vrai — celui où un visage s’ouvre. Je la vois en cuisine, improvisant une assiette végétarienne avec trois herbes, du citron et une idée brillante. Et puis je la vois sur son tapis de yoga, respirant profondément, comme pour rappeler au monde entier que la paix n’est pas un luxe, c’est un choix, une pratique.
Énergique, créative, rassembleuse, profondément loyale — autant de mots qui lui vont comme un gant. Mais ce que j’aimais par-dessus tout, c’était sa manière d’être exactement la même personne dans les grands soirs et dans les matins ordinaires. Elle pouvait orchestrer un événement avec la précision d’une horlogère, puis rentrer et préparer un dîner « juste pour le plaisir », et c’était une célébration quand même. Parce qu’avec Isa, le quotidien devenait une fête qui ne se prenait pas au sérieux mais où, curieusement, l’essentiel avait toujours sa place.
Mon plus beau souvenir avec elle, c’est ce road trip en Provence. On avait prévu des étapes sages — marchés, villages, oliviers — et Isa a transformé chaque arrêt en fête improvisée. À Lourmarin, elle a, je ne sais pas comment, embarqué un vendeur d’épices et deux guitaristes de rue dans un apéro au bord de la fontaine. À chaque café, elle se faisait une amie; à chaque virage, elle trouvait un point de vue à photographier et un prétexte pour danser. On est rentrées fatiguées, les chaussures pleines de poussière, le cœur beaucoup plus large. C’est ça, Isa: elle agrandissait les cœurs.
Ce qui la guidait était simple et exigeant: l’inclusion, la liberté d’être soi, le travail bien fait, et la joie du partage. Elle n’aimait pas les demi-mesures quand il s’agissait d’intégrité. Elle savait dire non, mais elle savait surtout dire oui — oui à la différence, oui à la deuxième chance, oui à la petite étincelle qu’elle repérait chez chacun. Dans ses ateliers photo, dans les salles de réunion, dans les associations, elle avait cette phrase: « On va faire ensemble, et on va bien faire. » Et, presque toujours, on finissait par rire en route.
Pour beaucoup d’entre nous, le plus dur sera l’absence de cette force rassembleuse. Isa avait ce talent rare: prendre une pièce pleine de gens qui se connaissent à peine et, en quelques minutes, faire naître une table, une histoire commune, des sourires qui ne se forcent pas. Certains savent occuper l’espace; elle, elle l’ouvrait. Elle posait une musique, une question douce, un plat au milieu, et soudain, on se sentait reliés.
Je voudrais dire merci. Merci, Isa, de m’avoir montré qu’on peut aimer la vie intensément sans s’oublier, et prendre soin des autres sans se perdre. Merci d’avoir été marraine pour ma fille comme d’autres deviennent une étoile du berger: une présence ferme, rassurante, bienveillante, pas envahissante, mais toujours là quand la nuit se faisait plus sombre. Merci pour les coups de fil de deux minutes qui sauvaient des journées, pour les messages « tu respires? » qui n’avaient l’air de rien et qui disaient tout.
Hélène, à toi, j’adresse notre étreinte collective. Il n’y a pas de mots assez vastes pour ce vide. Mais il y a un fil solide: l’amour que vous avez tissé, et que rien n’efface. Nous serons là, dans la durée, pour les souvenirs, pour les silences, pour les soirs où la maison semble trop grande. La famille, les amis, ses neveux — vous n’êtes pas seuls. La communauté qu’Isa a créée n’était pas seulement pour ses projets; elle l’a créée pour la vie, pour nous porter les uns les autres quand il le faut.
À celles et ceux qu’Isa a accompagnés dans leur parcours professionnel, aux jeunes qu’elle a encouragés: continuez. Continuez à croire en votre place, à vous présenter avec ce que vous êtes, à ouvrir vos ailes, même quand le ciel paraît trop bas. Elle aurait voulu ça, très clairement. Elle nous répétait qu’une opportunité, c’est un pont, pas un privilège. Construisez des ponts à votre tour.
Si je ferme les yeux, j’entends encore un piano de jazz, un déclencheur d’appareil photo, et la casserole qui chante. Et je me dis que la meilleure manière de lui rendre hommage, c’est de prolonger sa façon d’habiter le monde:
- en invitant quelqu’un de plus à table,
- en laissant la place à la différence,
- en faisant les choses bien, même quand personne ne regarde,
- en organisant un moment simple pour se retrouver, juste parce que la vie est là et qu’elle mérite qu’on la célèbre.
Isa n’aimait pas qu’on s’attarde trop sur la tristesse. Elle disait: « On pleure, on se prend dans les bras, et après, on met une belle playlist. » Alors oui, aujourd’hui, on pleure. Mais tout de suite après, on met sa playlist. On garde ses valeurs en mouvement. On transmet ses recettes. On encadre quelques-unes de ses photos. On se rappelle qu’elle a grandi à Lyon, qu’elle a appris à faire, puis à faire mieux, puis à faire du bien. Et on continue.
Un jour, sur une petite route bordée de lavande, elle m’a lancé: « Tu sais, l’important, c’est que les gens se sentent plus vivants après t’avoir croisée. » Isa, mission accomplie. On est plus vivants, plus reliés, plus attentifs grâce à toi.
Merci, pour tout. Nous te portons dans nos rires, nos projets, nos repas partagés, nos images bien cadrées, nos combats pour l’inclusion, nos dimanches de jazz et nos lundis de yoga. Et, surtout, dans cette manière que tu nous as apprise: prendre les mains, rassembler, et faire de chaque rencontre un petit bout d’éternité.
Au revoir, Isa. On va garder la lumière allumée. Et on dansera encore, pour toi.